Selon le MICA Center, les actes de piraterie et de brigandage ont reculé de façon significative dans le monde en 2021, alors que leur nombre était stable depuis 2016.
Au total, 317 actes de piraterie et de brigandage ont été dénombrés en 2021, contre 375 l’année précédente, soit une baisse « notable » de 15 %, selon le Maritime Information Cooperation & Awareness Center (MICA Center).
Cette diminution est particulièrement marquée dans le golfe de Guinée où 52 événements ont été relevés en 2021, contre 115 en 2020, note le centre.
Le golfe de Guinée a enregistré un nombre d’incidents exceptionnellement bas avec seulement 52 événements liés à la piraterie et au brigandage relevés en 2021.
Les tendances observées en 2020 semblent se confirmer en 2021 avec une baisse remarquable du nombre d’incidents dans les eaux territoriales nigérianes.
Simultanément, l’anxiété des marins naviguant dans les eaux de Sao Tomé-et-Principe, signalée dans notre bilan de 2020, s’est révélée fondée avec une recrudescence des attaques dans la zone en particulier en cette fin d’année.
Les mauvaises conditions météorologiques au cours de l’été et du début de l’automne peuvent en partie expliquer la baisse des incidents en haute mer.
Toutefois, cette baisse drastique s’analyse plutôt comme le résultat d’une prise de conscience des acteurs internationaux et régionaux, qui s’associent pour conduire des actions concrètes.

Baisse de la piraterie maritime en Afrique : résultat d’une prise de conscience
En mai 2021, l’association de transport maritime BIMCO a publié sa Déclaration du golfe de Guinée sur la répression de la piraterie.
Les signataires de cette déclaration ont rappelé le prix payé par les marins et les coûts de protection qui en découlent. Ils ont appelé à soutenir les actions des États côtiers du golfe de Guinée et les efforts législatifs et capacitaires déployés. Sous cette impulsion, a vu le jour en juillet 2021 le SHADE GoG, forum de collaboration maritime du golfe de Guinée.
Une prise de conscience donnant l’impulsion à des actions concrètes
– Une meilleure application des BMP WA2
La meilleure prise en compte de ces mesures permet de déjouer ou de ralentir de plus en plus d’attaques. Toutefois, elles sont parfois inapplicables sur les navires anciens qui présentent des vulnérabilités structurelles.
– La mobilisation de navires militaires hauturiers
Au large, la présence de nombreux navires militaires extrarégionaux parmi lesquels des moyens fortement armés, réactifs et mieux coordonnés a un effet dissuasif.
Pour l’Union européenne, le concept de Présences Maritimes Coordonnées (PMC), initié début 2021, permet le partage d’informations et la coordination entre les navires militaires des États membres présents dans la zone, en soutien de l’architecture de Yaoundé.
– La montée en puissance des marines locales
Mieux équipées et mieux coordonnées, les marines riveraines font preuve d’une efficacité opérationnelle accrue grâce notamment à la conduite de patrouilles conjointes.
– La sécurisation des ports et mouillages
Concernant le brigandage, les diverses initiatives étatiques de sécurisation de certains ports et des zones de mouillage se montrent efficaces localement.
De manière notable, nous pouvons citer au Nigeria l’action de la NIMASA au travers du Deep Blue Project ou encore l’action de la marine nigériane qui soutient les compagnies privées de sécurité.
– Un volontarisme affiché de certains gouvernements
Des initiatives nationales à terre contribuent à la neutralisation temporaire ou définitive de certains groupes de pirates. La mise en place récente et l’application des lois permettent désormais de traduire en justice les pirates au Nigeria et au Togo.
L’ensemble de ces actions internationales et régionales contribue à la réduction du risque piraterie.
La baisse de la piraterie maritime une tendance à confirmer dans la durée
La tendance qui se dégage ces derniers mois doit être mise en perspective sur le temps long. Alors que les incidents de la fin de 2021 prouvent que les groupes de pirates sont toujours actifs, il est prudent d’attendre le printemps pour conclure sur la pérennité de cette tendance.
Sécurité maritime au Togo
Aucun incident n’a été enregistré dans la ZEE togolaise en 2021. Les autorités togolaises maintiennent des patrouilles permanentes dans les zones de mouillage.
Cependant, la présence et le comportement de petites embarcations de pêche engendrent parfois des méprises pouvant générer un sentiment d’insécurité chez les marins.

Autres facteurs d’insécurité dans le golfe de Guinée
Le golfe de Guinée est associé à la piraterie qui focalise largement l’attention internationale.
Pourtant, d’autres menaces comme la pêche illicite, le trafic de drogue et l’immigration clandestine touchent aussi la région.
Pêche illicite
La pêche illicite frappe durement les économies des pays riverains. En prélevant entre 40 et 60% des prises selon les estimations, la pêche Illicite, Non déclarée et Non réglementée (INN) exerce une trop forte pression sur les stocks halieutiques et conduit à leur épuisement.
Par ailleurs, contraints de rechercher de nouvelles zones de pêches de plus en plus éloignées des côtes avec des embarcations inadaptées, les pêcheurs artisanaux sont les victimes régulières d’accidents mortels.
Enfin, l’ONUDC et Interpol estimaient dès 2014 que l’absence de véritables contrôles des navires de pêche favorise les activités criminelles telles que la piraterie maritime.
Trafic de drogue
La production de cocaïne explose et les flux vers l’Europe s’adaptent aux contrôles grandissant dans les Caraïbes.
Ainsi, la route vers l’Europe via l’Afrique de l’Ouest puis la Méditerranée est désormais considérée par l’ONUDC comme la principale artère de cocaïne.
Longtemps épargnée, l’Afrique consomme de plus en plus de cocaïne en raison de la baisse de son prix.
Immigration clandestine
En 2021, un tiers des migrants entrés en Espagne provenaient d’États riverains du golfe de Guinée et du Mali. Les passeurs adaptent leurs itinéraires en réponse aux actions menées en Méditerranée par l’agence Frontex. La route via l’ouest africain et les Canaries a ainsi vu son volume décupler entre 2019 et 2020.
Lire le rapport en entier : https://www.mica-center.org/wp-content/uploads/2022/01/BILAN_MICA_CENTER_2021_FR.pdf

